Lorsqu’une alarme retentit, quelques secondes d’hésitation peuvent désorganiser tout un étage. Savoir qui ouvre la marche, qui vérifie les locaux et où rejoindre le groupe permet de transformer un mouvement spontané en évacuation structurée. C’est là qu’interviennent deux rôles complémentaires : le guide-file, chargé de l’orientation des occupants, et le serre-file, qui ferme la marche et contrôle la zone quittée.
Dans un bureau, un atelier ou un établissement recevant du public, leur efficacité dépend moins d’un titre que d’une préparation concrète. Les personnes désignées doivent connaître les cheminements, les issues de secours, les consignes de sécurité et les limites de leur mission. Elles participent à la sécurité incendie sans se substituer au responsable d’évacuation ni aux services de secours.
En bref :
- Le guide-file conduit le groupe vers une issue utilisable et limite les hésitations.
- Le serre-file vérifie les espaces accessibles, ferme la marche et signale les anomalies sans se mettre en danger.
- Leur nombre se détermine selon les zones, les horaires et les contraintes du bâtiment ; aucun ratio unique ne convient à tous les sites.
- L’employeur doit organiser une évacuation adaptée, informer les travailleurs et, dans les cas prévus par le Code du travail, mettre en place consignes et exercices.
- La formation sur les lieux réels et les exercices permettent de corriger les problèmes de circulation, de coordination et de rassemblement.
Guide-file et serre-file : deux rôles complémentaires pendant l’évacuation
La différence essentielle tient à leur position et à leur mission. Le guide-file se place à l’avant du groupe et donne la direction ; le serre-file ferme la marche et s’assure que les personnes de sa zone ont bien été prises en compte. Ce partage évite que chacun choisisse son propre itinéraire ou qu’un local soit quitté sans vérification.
Le guide-file conduit et maintient un mouvement lisible
Au déclenchement de l’alarme, le guide-file applique le parcours prévu dans les consignes de sécurité. Il oriente les occupants vers une sortie adaptée, sans courir ni inciter à la précipitation. Une cadence régulière aide les personnes à suivre le mouvement et réduit les risques de bousculade dans un escalier ou devant une porte.
Sa mission suppose une connaissance préalable des issues principales, des cheminements de remplacement et du point de rassemblement. Si un couloir est encombré ou une porte impraticable, il ne doit pas improviser une traversée dangereuse : il suit l’itinéraire alternatif défini et fait remonter l’information. Dans un atelier, par exemple, il peut guider une équipe vers une issue éloignée mais dégagée plutôt que vers la sortie habituelle devenue inaccessible.
Le serre-file vérifie sans s’exposer
À l’arrière, le serre-file contrôle les espaces qui peuvent être oubliés : sanitaires, petites salles de réunion, vestiaires, bureaux fermés ou locaux accessibles depuis le secteur. Il invite les personnes encore présentes à rejoindre le groupe, empêche les retours vers les postes de travail et signale toute difficulté au responsable d’évacuation.
Cette vérification reste limitée par la sécurité de l’intervenant. Si la fumée, la chaleur, un obstacle ou une porte inaccessible empêche le contrôle, le serre-file ne s’engage pas dans la zone ; il transmet l’information aux personnes compétentes ou aux secours. La fermeture des locaux et des portes derrière lui peut contribuer à limiter la propagation des fumées, à condition que cela soit possible sans retarder l’évacuation ni compromettre sa sécurité.
Dans l’entreprise fictive Atelier Rivage, le guide-file du rez-de-chaussée dirige les salariés vers le point de rassemblement tandis que le serre-file vérifie les vestiaires et le bureau d’expédition. Si celui-ci constate qu’une pièce ne peut pas être inspectée, il ne prétend pas que tout le secteur est vide : il communique précisément la zone concernée. La complémentarité repose sur une information fiable, pas sur une vérification à tout prix.

Les missions avant, pendant et après l’alarme
Un binôme efficace ne se forme pas au moment où le signal sonore commence. Avant l’incident, il faut définir les zones, les itinéraires et les relais ; pendant le déplacement, chacun applique son rôle ; après la sortie, les informations doivent être transmises au point de rassemblement. Ce déroulement donne au responsable d’évacuation une vue d’ensemble au lieu d’une succession de suppositions.
| Moment | Guide-file | Serre-file |
|---|---|---|
| Avant l’alarme | Repère les sorties, les itinéraires alternatifs et le point de rassemblement. | Identifie les locaux à contrôler et les besoins d’accompagnement de sa zone. |
| Pendant l’évacuation | Conduit le groupe et évite les contre-flux ou les arrêts inutiles. | Ferme la marche, vérifie les espaces accessibles et signale les difficultés. |
| Au rassemblement | Maintient le groupe à l’écart du bâtiment et facilite son identification. | Indique quelles zones ont été contrôlées ou sont restées inaccessibles. |
Avant : préparer les itinéraires et les relais
Chaque titulaire doit pouvoir répondre à des questions simples : quelle sortie utiliser, quel itinéraire prendre si elle est bloquée, où se trouve le point de rassemblement et à qui signaler une personne manquante ? Une fiche par zone peut consigner les noms des titulaires et suppléants, les parcours prévus et les espaces à vérifier. Elle doit être révisée après des travaux, un déménagement ou un changement d’organisation.
La préparation comprend aussi les personnes susceptibles d’avoir besoin d’aide. Une mobilité réduite peut être permanente ou temporaire, par exemple après une blessure ; un visiteur peut également ne pas connaître les lieux. Les modalités d’assistance doivent être prévues à l’avance, en tenant compte du bâtiment et des dispositifs disponibles. Il ne faut pas découvrir au moment de l’alarme qu’un parcours n’est pas accessible ou qu’aucun relais n’a été identifié.
Pendant : préserver la fluidité et la coordination
Le guide-file contribue à la gestion des flux en évitant les départs simultanés vers des passages étroits et en empêchant les retours à contre-courant. Il donne des instructions brèves, audibles et cohérentes avec le plan. Le serre-file, lui, ne ralentit pas volontairement tout le groupe pour effectuer une inspection exhaustive : il contrôle rapidement ce qui est accessible et transmet les limites rencontrées.
À Atelier Rivage, un exercice révèle que deux équipes empruntent le même escalier alors qu’une issue secondaire est disponible. La difficulté ne tient pas à la bonne volonté des salariés, mais à une consigne mal connue et à l’absence de coordination entre les étages. Le responsable peut alors clarifier les parcours et les tester au prochain exercice.
Après : rendre compte au point de rassemblement
Une fois à l’extérieur, les groupes restent dans la zone prévue et ne retournent pas dans le bâtiment sans autorisation. Le guide-file aide à maintenir son groupe ensemble ; le serre-file indique l’état des contrôles et signale toute personne dont la présence n’a pas été confirmée. Le responsable centralise les informations et les communique aux secours si nécessaire.
Cette dernière étape est déterminante : une zone déclarée « évacuée » et une zone « non vérifiée » ne doivent jamais être confondues. Le compte rendu au rassemblement complète le mouvement physique par une coordination utile aux secours.
Réglementation : ce que l’employeur doit organiser
Les expressions « guide-file » et « serre-file » désignent des fonctions opérationnelles courantes ; elles ne constituent pas, à elles seules, une formule réglementaire uniforme imposée à toutes les entreprises. Cela ne signifie pas que l’évacuation relève du choix individuel des salariés : l’employeur doit prendre les mesures nécessaires pour protéger la santé et la sécurité, évaluer les risques et organiser une réponse adaptée aux locaux et à l’activité.
Code du travail : consignes et exercices selon la situation
Les articles R. 4227-37 à R. 4227-39 du Code du travail encadrent notamment les consignes de sécurité incendie et les exercices. L’article R. 4227-38 prévoit une consigne dans les établissements où sont réunies habituellement plus de cinquante personnes ainsi que dans ceux où sont manipulées ou mises en œuvre certaines matières inflammables, selon les conditions prévues par le texte. Cette consigne précise notamment les personnes chargées de diriger l’évacuation des travailleurs et, le cas échéant, du public.
L’article R. 4227-39 prévoit des exercices et essais périodiques d’évacuation au moins tous les six mois dans les établissements concernés par ces dispositions. Les dates et observations doivent être consignées dans le registre prévu à cet effet. Pour les structures qui ne relèvent pas de ces seuils, l’employeur demeure tenu à son obligation générale de prévention : il doit définir une organisation proportionnée aux risques et ne peut se contenter de supposer que chacun saura spontanément quoi faire.
ERP : prendre en compte le public et les règles applicables
Un établissement recevant du public doit aussi respecter le règlement de sécurité correspondant à sa catégorie et à son type. Les obligations précises varient selon l’activité, la configuration, l’effectif admissible et les équipements. Une consigne conçue pour un petit bureau ne peut donc pas être transposée telle quelle à un restaurant, une salle de spectacle ou un établissement de soins.
Dans tous les cas, il faut distinguer la réglementation applicable des recommandations d’organisation. Par exemple, un ratio tel qu’un référent pour vingt-cinq personnes peut servir de repère de réflexion, mais il ne constitue pas un seuil général fixé par le Code du travail. Le nombre pertinent dépend notamment des étages, des issues, des zones cloisonnées et des horaires où les effectifs changent.
Désignation écrite et suppléance
Inscrire les rôles dans la consigne d’évacuation ou une procédure accessible rend l’organisation compréhensible. La forme exacte doit être adaptée au site et aux textes qui lui sont applicables ; une note interne peut compléter les documents de sécurité. Il est prudent d’indiquer les titulaires, les suppléants et leur périmètre, puis de mettre ces informations à jour après un départ ou une réorganisation.
Une seule personne par fonction et par zone est rarement suffisante : congé, télétravail, maladie ou travail de nuit peuvent laisser un secteur sans référent. Atelier Rivage prévoit donc plusieurs salariés formés pour chaque zone, avec une répartition connue des équipes. La conformité utile ne se limite pas à des noms sur une liste : elle suppose une organisation réellement disponible quand le bâtiment est occupé.
Les textes applicables doivent être vérifiés en fonction du type de lieu et de l’effectif, en particulier pour les ERP. Les référents facilitent l’exécution des consignes, mais la responsabilité de mettre en place une organisation adaptée reste celle de l’employeur ou de l’exploitant selon le cadre concerné.
Choisir, former et accompagner les personnes désignées
La qualité d’un guide-file ou d’un serre-file tient d’abord à sa connaissance du terrain et à sa capacité à appliquer une consigne simple sous pression. Il n’est pas nécessaire d’être pompier pour tenir ce rôle, mais une personne rarement présente dans la zone ou qui ignore les itinéraires ne peut pas assurer une orientation fiable. La désignation doit donc tenir compte du fonctionnement réel des équipes, y compris des horaires décalés.
Des qualités adaptées au rôle et au secteur
Le guide-file doit savoir donner une direction claire, garder son calme et percevoir rapidement si le cheminement prévu est disponible. Le serre-file doit faire preuve de méthode et distinguer une vérification possible d’une prise de risque. Ces qualités se complètent : une personne très à l’aise pour parler au groupe peut convenir à la tête de file, tandis qu’un salarié connaissant précisément les locaux secondaires peut être particulièrement pertinent à l’arrière.
La répartition par secteur évite les angles morts. Dans un bâtiment comprenant bureaux, atelier, cuisine et réserve, il peut être plus efficace de désigner des référents pour ces zones que de demander à deux personnes de couvrir tout le site. Cette logique doit rester lisible : les salariés doivent savoir qui les guide et qui contrôle leur espace, sans avoir à interpréter un organigramme compliqué.
Une formation ancrée dans les locaux
Une sensibilisation utile associe les consignes à une visite réelle des cheminements. Les participants repèrent les sorties, les escaliers, les portes, les alarmes manuelles et le point de rassemblement. Ils apprennent aussi à vérifier un secteur sans s’exposer, à signaler un obstacle, à accompagner une personne selon l’organisation prévue et à ne pas retourner chercher des effets personnels.
Une mise en situation peut faire apparaître des détails que le plan ne révèle pas : une porte habituellement ouverte mais verrouillée à certaines heures, un couloir encombré par une livraison ou une issue peu visible depuis un poste de travail. La formation doit clarifier le comportement attendu face à ces obstacles, notamment le recours à un itinéraire de remplacement et la transmission rapide de l’information.
La durée et le contenu dépendent de l’organisme, du site et du niveau de pratique visé. Une formation courte avec visite et exercice peut être plus opérationnelle qu’une longue présentation déconnectée du bâtiment. Il est recommandé de maintenir les compétences et de refaire un point à chaque changement significatif, sans présenter une fréquence annuelle comme une obligation générale applicable à toutes les situations.
Prévoir les personnes ayant besoin d’assistance
Les besoins d’accompagnement doivent être anticipés avec les personnes concernées et selon les règles du site. Il peut s’agir d’un salarié en fauteuil, d’une personne temporairement blessée, d’un visiteur âgé ou d’un occupant ne comprenant pas les consignes dans la langue utilisée. Selon le bâtiment, l’aide prévue peut consister à accompagner directement vers une sortie ou à appliquer une procédure spécifique dans un espace protégé, en attendant les secours.
Cette préparation ne revient pas à improviser un portage ou à demander au serre-file de s’exposer dans une zone dangereuse. Elle exige des consignes précises, des moyens adaptés et une coordination avec le responsable d’évacuation. Former, c’est surtout apprendre à agir dans les limites de son rôle et à transmettre rapidement ce que l’on ne peut pas résoudre seul.
Construire une organisation d’évacuation vérifiable et efficace
Un dispositif solide doit être compréhensible même lorsqu’une personne découvre les lieux ou qu’une équipe est incomplète. Il s’appuie sur des plans à jour, une signalétique visible, des parcours praticables et un point de rassemblement connu. Guide-files et serre-files ne peuvent compenser durablement une issue encombrée ou une consigne devenue obsolète : leur action dépend de la qualité de l’organisation qui les entoure.
Découper le bâtiment en zones cohérentes
La première étape consiste à repérer les secteurs qui peuvent être évacués et contrôlés de façon logique : étage, atelier, aile, accueil ou réserve. Pour chacun, l’entreprise identifie un parcours principal, une alternative, un point de regroupement et les espaces secondaires à vérifier. Les titulaires et suppléants sont affectés à ces zones en fonction de leur présence habituelle.
Une fiche de rôle courte peut ensuite préciser le périmètre, les consignes essentielles et les contacts internes. Elle n’a pas vocation à remplacer le plan d’évacuation, mais à rendre les responsabilités immédiatement accessibles. Chez Atelier Rivage, une fiche placée dans le livret d’accueil indique qui guide le secteur administratif, qui contrôle les vestiaires et où les équipes doivent se retrouver.
Tester les consignes par des exercices
Un exercice fait ressortir les blocages que l’on ne voit pas en réunion. Une porte coupe-feu peut être maintenue ouverte par un chariot ; un visiteur peut suivre un groupe qui ne va pas au bon point de rassemblement ; un salarié peut retourner chercher son manteau. L’objectif n’est pas de piéger les occupants, mais d’observer le fonctionnement réel et de corriger les causes de confusion.
Après l’exercice, l’analyse doit rester concrète : l’alarme était-elle audible dans l’atelier ? Le cheminement secondaire était-il connu ? Le serre-file a-t-il pu signaler une salle inaccessible ? Le guide-file a-t-il empêché la formation d’un contre-flux ? Chaque constat doit donner lieu à une action, un responsable et, si nécessaire, une mise à jour des documents.
Actualiser la coordination dans le temps
Les départs, les changements d’horaires, l’arrivée de nouveaux salariés et les travaux modifient rapidement les conditions d’évacuation. Une liste de référents doit donc être vérifiée régulièrement, tout comme la disponibilité des suppléants. Les visiteurs et les entreprises extérieures doivent également recevoir une information suffisante pour reconnaître l’alarme et rejoindre le lieu prévu.
Lorsqu’une alarme se déclenche, le responsable d’évacuation rassemble les informations : zones contrôlées, personnes manquantes, obstacles et besoins d’assistance. Le guide-file et le serre-file apportent chacun une partie de cette vue d’ensemble. Une organisation réussie se reconnaît à la clarté des rôles, à la continuité de la coordination et aux corrections apportées après chaque test.
Quelle est la différence entre un guide-file et un serre-file ?
Le guide-file conduit les occupants vers une issue et le point de rassemblement. Le serre-file ferme la marche, vérifie les locaux accessibles sans se mettre en danger et signale les difficultés ou les personnes manquantes.
Le Code du travail impose-t-il ces intitulés dans toutes les entreprises ?
Les termes guide-file et serre-file ne sont pas imposés comme des intitulés universels. L’employeur doit toutefois organiser la sécurité et l’évacuation ; des consignes précises s’appliquent notamment dans les établissements visés par les articles R. 4227-37 à R. 4227-39 du Code du travail.
Combien de guide-files et de serre-files faut-il prévoir ?
Il n’existe pas de ratio unique valable pour tous les sites. Il faut raisonner par zone, étage, configuration, effectif et horaires, puis prévoir des suppléants pour couvrir les absences.
Le serre-file doit-il entrer dans une zone enfumée pour la vérifier ?
Non. Il ne doit jamais prendre de risque inconsidéré. Si une zone est dangereuse ou inaccessible, il la signale précisément au responsable d’évacuation ou aux secours.









