Le référent harcèlement sexuel du CSE est souvent le premier interlocuteur vers lequel se tourne un salarié qui hésite à parler. Pour exercer cette mission sans confondre écoute, enquête et décision, il doit connaître le cadre légal du harcèlement, savoir recueillir un signalement avec méthode et comprendre à qui transmettre les informations. La question de sa formation appelle toutefois une réponse nuancée : le droit impose une formation en santé, sécurité et conditions de travail aux membres du CSE, mais ne prévoit pas, dans tous les secteurs, une formation nationale autonome spécifiquement consacrée au référent.
Cette distinction ne signifie pas qu’une formation spécialisée serait superflue. Le module généraliste de SSCT aborde les risques professionnels et psychosociaux, tandis qu’un parcours ciblé permet de s’entraîner à l’écoute, au signalement et traitement des alertes, à l’orientation des personnes concernées et aux précautions entourant une enquête. Les règles peuvent aussi être renforcées par un accord de branche. Pour une élue comme Nadia, nouvellement désignée dans une entreprise de services, l’enjeu est donc double : identifier le minimum légal applicable et acquérir les outils nécessaires pour agir avec prudence.
En bref
- Le référent harcèlement sexuel du CSE est désigné parmi les membres du comité, quelle que soit la taille de l’entreprise dès lors qu’un CSE existe.
- La formation SSCT constitue le socle légal commun : cinq jours lors d’un premier mandat et trois jours lors d’un renouvellement.
- Une formation référent harcèlement spécialisée n’est pas imposée par une règle nationale générale, mais un accord de branche peut prévoir une obligation supplémentaire.
- Une formation ciblée aide à écouter sans juger, consigner les faits et orienter les personnes sans se substituer à l’employeur ou aux professionnels compétents.
Formation du référent harcèlement sexuel : ce qu’impose la loi
Depuis la mise en place des CSE, l’obligation de désigner un référent s’applique aux entreprises disposant d’un comité, celui-ci étant obligatoire à partir de 11 salariés lorsque les conditions légales sont réunies. Le référent est choisi parmi les membres du CSE, titulaires ou suppléants, et sa désignation relève d’une résolution du comité. Elle doit être consignée au procès-verbal pour que les salariés sachent clairement qui contacter et que le rôle soit identifié dans l’organisation.
La loi distingue cette désignation de la formation. L’article L. 2315-18 du Code du travail prévoit une formation en santé, sécurité et conditions de travail pour les membres du CSE : cinq jours lors du premier mandat, puis trois jours en cas de renouvellement. Ce socle est pertinent pour le référent, car il traite de la prévention des atteintes à la santé, des conditions de travail et des risques psychosociaux, mais il n’équivaut pas nécessairement à un apprentissage approfondi de la conduite d’un entretien sensible.
Il faut donc éviter deux affirmations opposées : dire que toute formation spécialisée du référent est toujours obligatoire serait excessif, tout comme prétendre qu’aucune formation ne lui est nécessaire. Au niveau national, la formation SSCT constitue l’obligation légale applicable aux élus ; une formation dédiée au harcèlement peut être prévue par un accord collectif ou une convention de branche. Avant de programmer une session, l’entreprise doit donc vérifier les textes conventionnels qui la concernent et ne pas se limiter à une réponse générale trouvée en ligne.
Les accords de branche peuvent fixer des exigences plus précises, notamment un délai après la désignation ou des contenus particuliers liés au traitement des alertes. Les secteurs de l’édition, de la production audiovisuelle, du spectacle vivant ou des bureaux d’études sont cités dans les informations disponibles à ce sujet ; l’applicabilité exacte dépend toutefois de la convention collective et de l’accord pertinent. En pratique, le service RH et le CSE ont intérêt à vérifier le texte applicable auprès de leurs interlocuteurs juridiques ou sur une source officielle.
La formation SSCT obligatoire est financée par l’employeur, selon les règles prévues par le Code du travail. Elle est distincte d’une formation spécialisée supplémentaire, dont le financement doit être examiné selon son fondement, les accords applicables et les modalités retenues avec l’employeur. Pour comprendre le nombre de jours prévu lors d’un premier mandat, le CSE peut consulter ce repère sur la durée de la formation santé et sécurité des élus.
Pour Nadia, la première démarche consiste donc à vérifier son calendrier de formation SSCT, puis à demander si sa branche prévoit un module additionnel. Ce contrôle transforme une question souvent floue en plan concret : connaître les obligations applicables, identifier les lacunes du socle général et organiser un apprentissage adapté aux responsabilités du mandat.
Formation référent harcèlement : les compétences à acquérir
Une formation référent harcèlement de qualité ne se limite pas à une présentation des textes. Elle apprend à transformer des règles en gestes professionnels : accueillir une parole difficile, recueillir des éléments factuels sans orienter le récit, respecter la confidentialité et expliquer les possibilités de recours. L’objectif n’est pas de faire du représentant un juriste, un psychologue ou un enquêteur professionnel, mais de lui donner des repères pour agir sans précipitation et transmettre les informations utiles.
Le premier bloc porte sur le cadre légal du harcèlement. Le participant doit distinguer le harcèlement sexuel, les agissements sexistes, le harcèlement moral et d’autres comportements inappropriés, sans conclure trop vite à une qualification juridique. Par exemple, un salarié peut décrire une remarque à connotation sexuelle, des messages répétés ou une pression exercée en échange d’un avantage professionnel. Ces faits doivent être consignés précisément ; leur qualification relève ensuite de l’analyse menée par les acteurs compétents.
Le deuxième apprentissage concerne la posture d’écoute. Une personne qui signale des faits peut être inquiète, confuse ou ne pas souhaiter engager immédiatement une démarche formelle. Le référent peut poser des questions ouvertes, reformuler pour vérifier sa compréhension et laisser la personne corriger ses propos. Il évite les questions suggestives, les promesses de résultat et les commentaires qui minimiseraient les faits, comme « ce n’était sûrement qu’une plaisanterie ».
La méthode de recueil est tout aussi importante. Il est utile de distinguer ce que le salarié a vécu directement de ce qu’il a appris par un tiers, de noter les dates et les lieux, puis d’identifier les éventuels témoins et éléments matériels : courriels, messages ou documents. La personne doit comprendre à qui les informations seront transmises et dans quel but. La confidentialité exige une circulation maîtrisée des données, non une promesse irréaliste de secret absolu lorsque la protection d’un salarié nécessite une action.
Les mises en situation permettent de travailler ces réflexes. Un exercice peut présenter le cas d’une salariée qui rapporte des propos répétés lors de réunions, sans savoir si elle souhaite saisir officiellement l’employeur. Les stagiaires s’entraînent à l’écouter, à établir une chronologie et à présenter les options disponibles, sans mener seuls une enquête ni confronter spontanément les personnes concernées. Cette pratique rend la formation plus transférable qu’un cours uniquement théorique.
Le parcours peut aussi aborder l’orientation vers les ressources adaptées : médecine du travail, représentants du personnel, inspection du travail ou Défenseur des droits, selon la situation et les besoins de la personne. L’accompagnement des victimes consiste à informer et à faciliter l’accès aux bons interlocuteurs, sans décider à leur place. Le choix d’un programme doit donc se faire à partir de ses objectifs et de ses exercices pratiques, plutôt que d’une promesse commerciale.

Pour comparer les contenus, le CSE peut examiner les programmes de formation en entreprise en vérifiant la place donnée aux cas pratiques, à la posture d’écoute et aux procédures internes. Une ressource expliquant le format de la formation SSCT au premier mandat permet également de distinguer le socle commun d’un module ciblé sur le mandat de référent.
Le rôle du référent : écouter, orienter et participer à la prévention
Le référent harcèlement sexuel apporte un point de contact identifié aux salariés. Son rôle ne se limite pas à recevoir un récit : il aide à faire remonter une situation vers les interlocuteurs capables d’agir et contribue à la prévention collective. Son positionnement au sein du CSE lui permet d’écouter les salariés dans le cadre du mandat représentatif, mais il ne remplace ni l’employeur, ni les services de santé au travail, ni les autorités compétentes.
Accueillir un signalement sans préjuger des faits
Lors d’un premier échange, le référent cherche d’abord à comprendre ce que la personne souhaite partager et quelles sont ses préoccupations immédiates. Il peut demander si les faits se poursuivent, si le salarié craint une nouvelle rencontre avec la personne mise en cause et s’il existe un risque immédiat pour sa santé ou sa sécurité. Il consigne ensuite les éléments avec neutralité, en séparant les propos rapportés des interprétations.
Cette prudence protège à la fois la personne qui signale et la qualité du traitement ultérieur. Le référent ne promet pas une sanction et n’annonce pas que les faits sont déjà établis. Il explique plutôt les voies de signalement, les interlocuteurs possibles et la nécessité de transmettre les informations selon une procédure connue. Si le salarié ne souhaite pas que son identité soit diffusée, cette demande doit être considérée avec sérieux, tout en expliquant les limites pratiques d’une intervention sans éléments exploitables.
Faire le lien avec l’employeur et les acteurs compétents
Une fois informé de faits susceptibles de porter atteinte aux droits ou à la santé d’un salarié, le CSE peut exercer ses prérogatives, notamment le droit d’alerte dans les conditions prévues par le Code du travail. L’employeur a la responsabilité de prendre les mesures appropriées et de respecter ses obligations de prévention et de protection. Le référent peut suivre la réponse apportée et signaler au comité les difficultés observées, mais il ne décide pas seul des mesures disciplinaires.
Dans une entreprise de 270 salariés, par exemple, le référent élu peut recevoir le témoignage d’un salarié, l’informer des démarches possibles et transmettre l’alerte suivant le protocole interne. Le référent désigné par l’employeur, obligatoire à partir de 250 salariés, intervient de son côté dans le cadre de ses fonctions auprès de la direction. Leur coopération peut fluidifier le parcours, à condition de ne pas confondre leurs responsabilités ni de compromettre l’indépendance du représentant élu.
Lorsqu’une enquête interne est engagée, la formation aide le référent à comprendre les exigences d’impartialité, de confidentialité et de traçabilité. Les entretiens doivent être conduits par des personnes compétentes, selon une méthode cohérente et adaptée à la situation. Le référent peut contribuer au dispositif selon les modalités définies par l’entreprise, mais il ne doit pas s’improviser enquêteur ni organiser de confrontation directe susceptible d’aggraver les tensions.
Inscrire la prévention dans le fonctionnement du CSE
La lutte contre les violences sexistes et sexuelles se construit aussi avant tout signalement. Le référent peut proposer une information régulière sur les comportements prohibés, les interlocuteurs à contacter et les étapes d’une procédure. Il peut contribuer aux échanges du CSE sur l’évaluation des risques, le document unique et les actions de prévention, afin que les situations à risque soient examinées au même titre que les autres facteurs de santé au travail.
Une action simple peut consister à vérifier que les coordonnées des référents et les voies de signalement sont facilement accessibles aux salariés, y compris aux nouvelles recrues. Une autre consiste à discuter de situations concrètes en réunion, sans exposer de données personnelles : propos sexistes banalisés dans une équipe, messages reçus en dehors des horaires ou isolement d’une personne après une alerte. La prévention des risques psychosociaux gagne en efficacité lorsqu’elle s’appuie sur des règles compréhensibles et des relais identifiés.
La mission devient ainsi un lien entre écoute individuelle et amélioration collective. Un référent formé sait transmettre une alerte sans se substituer aux décideurs et peut contribuer à faire évoluer les pratiques qui favorisent les comportements inappropriés.
Choisir une formation adaptée et organiser son financement
Le bon programme dépend du mandat, du secteur d’activité et du niveau d’expérience de l’élu. Une personne déjà formée en SSCT peut avoir besoin d’approfondir l’entretien d’accueil et les circuits de signalement, tandis qu’un nouvel élu pourra commencer par consolider ses connaissances générales en santé et sécurité. Dans les deux cas, la formation doit clarifier les limites du rôle : recueillir, orienter, alerter et contribuer à la prévention ne signifie pas trancher les faits ou prononcer une sanction.
Avant l’inscription, le CSE peut demander le programme détaillé, la durée, les compétences des intervenants et les modalités d’évaluation. Il est utile de vérifier que les cas pratiques couvrent plusieurs situations, notamment un signalement oral, un témoin qui souhaite rester discret et une alerte impliquant un responsable hiérarchique. Un contenu pertinent explique aussi comment articuler le référent avec les RH, la médecine du travail et les acteurs externes.
Le financement doit être clarifié en amont. La formation SSCT prévue pour les élus est prise en charge par l’employeur dans le cadre légal, avec les frais associés selon les conditions applicables. Une formation spécialisée supplémentaire peut relever d’un accord de branche, d’un accord d’entreprise, d’une décision de l’employeur ou d’un financement du CSE selon le dispositif retenu. Il convient donc de demander une confirmation écrite avant de réserver une session, plutôt que de supposer que toutes les formations ont le même régime.
Les organismes de formation doivent pouvoir présenter un contenu adapté au mandat et répondre clairement aux questions de financement, de durée et de prise en charge. La certification Qualiopi concerne la qualité du processus de formation de l’organisme ; elle ne constitue pas, à elle seule, une garantie que chaque programme répondra aux besoins spécifiques du CSE. Le comité doit donc examiner le contenu pédagogique et le lien entre les exercices proposés et les missions réelles du référent.
Un calendrier pratique évite que l’élu découvre ses lacunes au moment d’une situation urgente. Dans les premières semaines suivant la désignation, le CSE peut vérifier les règles de sa branche, recenser les procédures existantes et identifier les interlocuteurs internes. Il peut ensuite planifier la formation et convenir avec l’employeur des modalités de diffusion des coordonnées du référent et de conservation des signalements.
La démarche gagne à être suivie dans le temps. Après la session, le référent peut proposer une procédure de contact concise, préciser les conditions de transmission d’une alerte et demander un point périodique sur les actions de prévention. Le comité peut également repérer les besoins d’actualisation, par exemple lorsqu’une organisation change ou qu’un nouvel accord collectif entre en vigueur.
| Parcours ou fonction | Repère à vérifier | Finalité |
|---|---|---|
| Formation SSCT des membres du CSE | Cinq jours au premier mandat, trois jours lors du renouvellement | Acquérir le socle en santé, sécurité et conditions de travail |
| Formation dédiée au référent | Vérifier l’accord de branche et les règles applicables | Travailler l’écoute, les alertes et les situations pratiques |
| Référent désigné par l’employeur | Obligatoire dans les entreprises d’au moins 250 salariés | Informer, orienter et accompagner dans le cadre de la direction |
Pour Nadia, comparer les programmes devient plus simple en partant d’un cas concret : que ferait-elle si une salariée lui confiait des remarques répétées et craignait des représailles ? Une formation utile lui permettra de répondre sans banaliser les faits, de préserver les informations nécessaires et d’orienter la personne vers le bon dispositif. C’est cette capacité opérationnelle, plus que l’intitulé du stage, qui rend le parcours réellement adapté.
Repères pratiques avant la prise de fonction du référent
La désignation doit être formalisée en réunion du CSE et consignée au procès-verbal. Le comité choisit un de ses membres et gagne à retenir une personne disponible, capable d’écouter avec discrétion et à l’aise avec le travail collectif. La loi ne fixe pas de diplôme particulier pour cette mission : ce sont la formation, les procédures et le soutien du comité qui aident à exercer le mandat de façon structurée.
Une fois désigné, le référent doit savoir où trouver les règles internes, qui contacter en cas d’alerte et comment demander l’inscription d’un sujet à l’ordre du jour du CSE. Les coordonnées du référent et les voies de signalement doivent être accessibles aux salariés. Une procédure claire peut préciser les canaux de contact, la manière dont les informations seront traitées et les relais mobilisables en cas de danger immédiat.
Le comité a intérêt à préparer des réponses aux questions pratiques avant qu’un signalement survienne. Où les notes d’entretien seront-elles conservées ? Qui peut y accéder ? Comment transmettre une alerte à l’employeur sans diffuser inutilement des données personnelles ? Ces points ne remplacent pas le conseil juridique, mais une organisation préalable réduit les improvisations et les risques de rupture de confidentialité.
Il faut aussi distinguer le temps consacré aux différentes tâches. Une action de prévention, une réunion avec un salarié et la participation à une procédure peuvent obéir à des modalités différentes au regard des heures de délégation et du temps de travail. Le référent peut documenter ses démarches et demander au CSE ou à son conseil de vérifier leur traitement au regard des règles applicables dans l’entreprise.
La formation ne transforme pas le référent en professionnel de santé ou en enquêteur spécialisé. Elle lui permet plutôt de reconnaître les limites de son intervention, de ne pas isoler la personne concernée et de solliciter les ressources compétentes. Cette lucidité est une compétence centrale : une bonne orientation peut accélérer la protection, tandis qu’une promesse excessive risque de décevoir et de fragiliser la confiance.
Enfin, une politique efficace suppose que l’employeur mette en place des mesures de prévention et réagisse lorsqu’il est informé d’une situation. Le référent CSE peut contribuer à faire vivre le dialogue social, relayer les constats des salariés et suivre les actions annoncées. La qualité du dispositif se mesure à la facilité avec laquelle une personne peut demander de l’aide et à la cohérence de la réponse reçue.
La formation référent harcèlement est-elle obligatoire pour tous les référents ?
La loi prévoit une formation SSCT pour les membres du CSE, mais ne crée pas une formation spécialisée autonome obligatoire dans toutes les entreprises. Un accord de branche ou d’entreprise peut toutefois imposer des exigences supplémentaires : il faut vérifier les textes applicables au secteur.
Qui finance la formation SSCT des membres du CSE ?
La formation SSCT prévue par le Code du travail est prise en charge par l’employeur selon les conditions légales, notamment les frais pédagogiques et les frais associés prévus par les textes. Le financement d’une formation spécialisée complémentaire doit être vérifié séparément.
Le référent peut-il mener seul une enquête interne ?
Il ne doit pas s’improviser enquêteur ni décider seul de la qualification des faits ou d’une sanction. Il peut contribuer au dispositif selon les modalités définies par l’entreprise, en respectant la confidentialité, l’impartialité et les compétences des personnes chargées de l’enquête.
Quelle différence entre le référent CSE et le référent employeur ?
Le référent CSE est désigné parmi les élus et intervient dans le cadre du mandat représentatif. Dans les entreprises d’au moins 250 salariés, l’employeur désigne également son propre référent, chargé d’informer, d’orienter et d’accompagner les salariés du côté de la direction.









