Lorsqu’un salarié intérimaire rejoint un atelier, un entrepôt ou un chantier, la question de la formation SST ne se règle pas par le seul statut du contrat. L’entreprise de travail temporaire reste son employeur, tandis que l’entreprise utilisatrice accueille la personne et organise concrètement son travail. Cette répartition explique pourquoi l’organisation de la formation et le financement de la session doivent être examinés selon le poste, les risques et les accords conclus entre les deux entreprises.
Il faut aussi distinguer deux sujets souvent confondus : la formation générale à la santé et sécurité au travail, qui doit être adaptée au poste, et la qualification de sauveteur secouriste du travail. Tout intérimaire doit recevoir les informations et consignes nécessaires à sa mission, mais il n’a pas automatiquement à devenir SST. Si l’entreprise souhaite qu’il tienne ce rôle, elle doit prévoir une formation adaptée et vérifier que la présence d’un secouriste correspond bien aux besoins du lieu de travail.
En bref
- L’agence d’intérim demeure l’employeur et doit veiller au suivi de la formation professionnelle du salarié.
- L’entreprise utilisatrice définit les conditions de travail, transmet les consignes de sécurité et évalue les risques liés au poste.
- La formation SST n’est pas imposée à chaque intérimaire du seul fait de son statut.
- Une formation renforcée à la sécurité est requise pour les salariés temporaires affectés à certains postes présentant des risques particuliers.
- Le financement dépend de l’organisation retenue et des accords entre les entreprises ; l’OPCO peut, sous conditions, contribuer à la prise en charge.
Qui organise la formation SST d’un salarié intérimaire ?
La réponse dépend de la formation concernée. Pour la formation pratique liée au poste, l’entreprise utilisatrice joue un rôle central : elle connaît l’environnement, les machines, les circulations et les dangers auxquels la personne sera exposée. Elle doit présenter les consignes applicables, expliquer les procédures d’urgence et s’assurer que le travail est réalisé dans des conditions adaptées. Une explication générale donnée à l’agence ne peut pas remplacer cette information sur le terrain.
L’agence d’intérim, pour sa part, reste l’employeur du salarié temporaire. Elle doit notamment s’assurer que la mission est correctement définie et que les obligations de formation relevant de sa responsabilité sont prises en compte. En pratique, elle échange avec l’entreprise utilisatrice avant la prise de poste afin de connaître les risques, les compétences nécessaires et les éventuelles formations ou habilitations à prévoir. La répartition détaillée peut être précisée par contrat ou par accord entre les sociétés, sans supprimer les obligations légales propres à chacune.
Pour une formation SST certifiante, l’entreprise doit d’abord déterminer si elle souhaite réellement confier une fonction de secouriste à l’intérimaire. Il ne suffit pas d’inscrire la personne à une session : il faut vérifier qu’elle pourra intervenir dans le cadre de la mission, qu’elle connaît les lieux et qu’une présence utile est assurée durant les périodes travaillées. Une mission de quelques jours dans un site différent de celui où la personne a été formée demande donc une préparation concrète, même si le certificat est encore valide.
Une coordination à établir avant le début de la mission
Imaginons que l’agence Horizon mette à disposition Samira, préparatrice de commandes, dans un entrepôt qui fonctionne en équipes. L’agence recueille les éléments nécessaires à la mission et signale les besoins de formation identifiés ; l’entreprise utilisatrice présente les équipements, les cheminements piétons, les zones de stockage et la procédure d’alerte. Si Samira doit aussi devenir SST, les deux structures doivent convenir de la date de formation et de la manière dont son rôle s’exercera sur le site.
Cette coordination évite une situation fréquente : une attestation existe dans le dossier, mais le salarié ignore où se trouve le matériel de secours ou qui appeler. La responsabilité de l’employeur ne se limite donc pas à réserver une place en formation. Elle implique une démarche cohérente entre préparation de mission, apprentissage et conditions réelles d’intervention, avec une communication claire entre l’agence et l’établissement qui accueille le salarié.
Pour comprendre le rôle du référent chargé de la prévention dans une organisation, l’entreprise peut également consulter ce point sur le référent santé et sécurité au travail et sa formation. Cette fonction ne remplace ni les obligations de l’entreprise utilisatrice ni la coordination avec l’agence, mais elle peut faciliter le suivi des actions de prévention.

Formation générale et formation SST : deux exigences différentes
La formation à la santé et sécurité au travail concerne tous les salariés, y compris ceux recrutés en intérim. Elle doit être en rapport avec les risques et les tâches réellement confiées : manutention, circulation d’engins, utilisation d’outils, exposition à des produits ou travail en hauteur, par exemple. Une information pertinente décrit les dangers, montre les gestes à adopter et permet au salarié de savoir comment réagir en cas d’incident. Sa forme et sa durée varient selon la mission ; elle ne correspond pas automatiquement à une formation SST certifiante.
La formation SST prépare, elle, une personne à porter les premiers secours et à participer à la prévention dans son cadre de travail. Le référentiel national usuel prévoit une formation initiale d’environ 14 heures, puis un maintien et actualisation des compétences (MAC) généralement réalisé tous les 24 mois. Il faut toutefois vérifier les règles applicables auprès d’un organisme habilité et s’assurer que le certificat est à jour. L’entreprise ne doit pas confondre cette qualification avec une simple sensibilisation aux gestes de premiers secours.
Les postes à risques appellent une vigilance renforcée
Le Code du travail prévoit une formation renforcée à la sécurité pour les salariés temporaires affectés à des postes présentant des risques particuliers, ainsi qu’un accueil et une information adaptés. Cette exigence concerne les risques du poste et ne signifie pas que chaque intérimaire doit suivre une formation SST. Une personne affectée à une zone de maintenance dangereuse peut nécessiter des explications renforcées, des consignes spécifiques et un accompagnement ; la désigner comme secouriste est une décision distincte, fondée sur l’organisation des secours.
Les spécificités de l’intérim rendent cette préparation particulièrement importante : missions courtes, changements fréquents d’établissement et procédures différentes d’un site à l’autre. Un salarié déjà expérimenté dans un entrepôt ne connaît pas nécessairement les consignes d’un nouvel établissement. L’entreprise utilisatrice doit donc vérifier sa compréhension, lui indiquer les personnes à prévenir et présenter les risques propres à son poste plutôt que de présumer que son expérience suffit.
Une formation adaptée est aussi une mesure de prévention des risques professionnels. Par exemple, dans un atelier où une presse est utilisée, l’accueil doit préciser les zones interdites, les protections à maintenir en place et la conduite à tenir si un incident survient. Si l’intérimaire est SST, il faut en plus s’assurer qu’il connaît l’organisation des secours du site et qu’il ne se met pas en danger en intervenant. La formation pertinente est celle qui répond aux risques observés, et non celle qui figure simplement sur une liste de contrôle.
Qui paie la session SST et quelles aides sont envisageables ?
Le salarié n’a pas à financer une formation que l’employeur décide ou doit organiser pour répondre aux besoins du travail. En intérim, toutefois, la réponse pratique dépend de l’objet de la session et de l’accord entre l’agence et l’entreprise utilisatrice. L’agence peut inscrire le salarié à une formation dans le cadre de son plan de développement des compétences ; l’entreprise utilisatrice peut aussi participer à l’organisation, notamment lorsqu’elle a besoin d’un SST présent sur son site. Les modalités de paiement, le temps de formation et la rémunération doivent être clarifiés avant l’inscription.
Une demande de prise en charge peut être étudiée par l’OPCO compétent, selon les règles en vigueur, la situation de l’entreprise, la nature de l’action et les critères de financement applicables. La formation SST peut s’inscrire dans une démarche de développement des compétences. La prise en charge n’est toutefois pas automatique : les entreprises doivent vérifier les conditions, les justificatifs requis et la procédure avant de confirmer la session. Il est prudent de solliciter l’OPCO avant le début de la formation, car un accord obtenu après coup ne garantit pas le remboursement.
La formation SST ne relève pas, en règle générale, d’un financement individuel par le CPF lorsqu’elle est organisée par l’employeur pour les besoins du poste. Le CPF concerne des projets individuels éligibles ; il ne doit pas servir à transférer au salarié le coût d’une formation nécessaire à l’exercice de sa mission. Si une personne souhaite se former de sa propre initiative, indépendamment des obligations de son employeur, la situation est différente et les dispositifs mobilisables doivent être vérifiés selon l’éligibilité de l’action.
Répartir les dépenses sans laisser de zone grise
Avant la session, les parties peuvent consigner par écrit qui choisit l’organisme, qui règle la facture, qui maintient la rémunération pendant la formation et qui conserve les justificatifs. Cette formalisation est utile même lorsque le coût paraît modeste : elle évite que l’agence pense que l’entreprise utilisatrice prend en charge l’inscription, tandis que celle-ci attend une initiative de l’agence. Elle facilite aussi le suivi du certificat si le salarié effectue plusieurs missions.
| Situation | Rôle généralement déterminant | Point à vérifier |
|---|---|---|
| Accueil sécurité et consignes du poste | Entreprise utilisatrice | Risques du site, procédures d’alerte et équipements nécessaires |
| Formation SST décidée pour les besoins d’une mission | Agence et entreprise utilisatrice selon leur accord | Inscription, rémunération, coût et utilité sur le site |
| Formation renforcée à un poste à risques particuliers | Entreprise utilisatrice, en coordination avec l’agence | Risques concernés et contenu adapté au travail confié |
| Demande éventuelle de financement OPCO | Entreprise relevant de l’OPCO concerné | Éligibilité et accord préalable selon les règles applicables |
La règle opérationnelle est simple : décider du financement avant de réserver la session, sans faire supporter au salarié une dépense liée à la sécurité de sa mission. Une répartition écrite transforme une obligation partagée en organisation vérifiable.
Responsabilités de l’employeur et rôle de l’entreprise utilisatrice
Le statut temporaire ne réduit pas les exigences de santé et sécurité au travail. L’agence d’intérim et l’entreprise utilisatrice doivent agir dans leurs domaines respectifs, communiquer sur les risques et s’assurer que le salarié dispose des informations et moyens nécessaires. L’entreprise utilisatrice organise les conditions d’exécution du travail dans son établissement ; elle connaît les dangers opérationnels et doit transmettre les consignes correspondantes. L’agence demeure l’employeur contractuel et doit intégrer la sécurité dans la préparation et le suivi de la mission.
Cette répartition ne signifie pas que les deux entreprises peuvent attendre l’initiative de l’autre. Si le poste comporte des risques spécifiques, l’entreprise utilisatrice doit les signaler suffisamment tôt pour que l’agence puisse en tenir compte lors de la mise à disposition. L’agence, de son côté, doit demander les informations utiles et ne pas envoyer un salarié dans une mission dont les exigences de sécurité ou de qualification sont mal définies. La coopération est indispensable, car seule l’entreprise qui connaît les conditions réelles du site peut expliquer les mesures concrètes à appliquer.
Cas pratique : mission courte dans un atelier de maintenance
Supposons qu’un technicien intérimaire soit affecté pendant une semaine à un atelier où des opérations de maintenance peuvent exposer les travailleurs à des risques importants. Avant sa prise de poste, l’entreprise utilisatrice précise les tâches, les risques, les équipements de protection et les consignes d’urgence à l’agence. Elle s’assure ensuite que le technicien reçoit l’accueil adapté, comprend les procédures et possède les habilitations éventuellement nécessaires pour les tâches prévues.
Si le poste figure parmi ceux soumis à une formation renforcée à la sécurité, cette exigence doit être traitée comme une priorité et documentée. Cela ne permet pas de conclure automatiquement que le technicien doit être SST : l’entreprise examine séparément son organisation des secours et le nombre de secouristes nécessaires. Si elle demande à l’agence de former ce salarié comme SST, elle précise le besoin, convient de la prise en charge et organise l’intégration de la personne formée dans le dispositif du site.
Le suivi ne s’arrête pas à la signature d’une feuille de présence. Le responsable d’équipe peut demander au salarié de reformuler la procédure d’alerte ou de montrer où se trouvent les équipements de secours. Cette vérification simple repère les consignes mal comprises, en particulier lorsqu’elles diffèrent de celles rencontrées lors d’une mission précédente. La prévention devient alors une pratique quotidienne, plutôt qu’une formalité effectuée uniquement à l’arrivée.
Pour mieux structurer cette démarche, certaines entreprises identifient un référent ou un interlocuteur chargé de coordonner les actions de prévention. Il peut centraliser les informations sur les risques, les formations et les contacts utiles, mais ne remplace pas la responsabilité des décideurs ni celle de l’encadrement de proximité. Une organisation efficace repose sur des rôles explicites, des informations partagées et des consignes applicables dès la première heure de mission.
Comment organiser concrètement une formation SST en intérim ?
La première étape consiste à déterminer le besoin réel. L’entreprise utilisatrice vérifie si un SST est nécessaire au regard de ses activités et de son organisation des secours, puis identifie les équipes et horaires qui doivent être couverts. Si un intérimaire est pressenti, elle échange avec l’agence sur la durée de la mission, le lieu d’affectation et la possibilité de mobiliser cette personne dans son rôle de secouriste. Pour une mission très courte ou itinérante, une autre organisation peut être plus adaptée.
Vient ensuite la vérification des prérequis : certificat existant, date du dernier MAC, disponibilité du salarié et adéquation de la formation avec les besoins. Une personne déjà titulaire d’un certificat valide n’a pas nécessairement à recommencer une formation initiale, mais son maintien de compétences doit être contrôlé. L’entreprise doit également s’assurer que l’organisme délivrant la formation est habilité dans le réseau de prévention concerné et que les conditions de financement envisagées sont conformes aux règles de l’OPCO.
Une procédure simple avant, pendant et après la session
Avant le départ en formation, l’agence et l’entreprise utilisatrice consignent qui valide l’inscription, qui supporte les frais, comment le temps passé est rémunéré et qui recevra l’attestation. Pendant la session, le salarié doit pouvoir suivre l’action sans que cette absence soit traitée comme une période de travail ordinaire sur son poste. Après la formation, l’entreprise utilisatrice explique au SST les particularités du site : accès aux secours, modalités d’alerte, emplacement du matériel et personnes responsables.
- Analyser le poste et déterminer si le besoin concerne une sensibilisation, une formation renforcée ou une certification SST.
- Partager les informations sur les dangers, les horaires et les conditions de mission entre l’agence et l’entreprise utilisatrice.
- Choisir l’organisme et vérifier son habilitation, puis examiner les possibilités de prise en charge auprès de l’OPCO concerné.
- Formaliser l’accord financier et administratif avant l’inscription du salarié.
- Intégrer la personne formée au dispositif du site et suivre la validité de son certificat et de son MAC.
Une entreprise de logistique peut, par exemple, prévoir un SST pour chaque équipe et demander à l’agence si un intérimaire expérimenté peut suivre la formation. Si la mission se prolonge, la personne formée peut contribuer à la couverture des équipes ; si elle s’achève rapidement, il faut anticiper le relais afin que le site ne dépende pas d’une présence incertaine. L’objectif n’est pas seulement d’obtenir un certificat, mais de garantir qu’un secours rapide et organisé soit possible lorsque la situation l’exige.
En pratique, les décisions les plus importantes sont prises avant l’arrivée du salarié : préciser les risques, partager les rôles, déterminer le financement et vérifier l’utilité de la qualification sur le site. Cette préparation rend la session plus pertinente et évite qu’une formation valide reste déconnectée des conditions réelles de la mission.
Pour approfondir le fonctionnement de la formation et les questions courantes autour du SST, une ressource consacrée à la désignation d’un référent en santé et sécurité peut compléter l’analyse des rôles internes, sans se substituer aux règles applicables à l’intérim.
Questions fréquentes
Un salarié intérimaire doit-il obligatoirement suivre une formation SST ?
Non. Tout intérimaire doit recevoir une formation et des consignes de sécurité adaptées à son poste, mais la qualification SST n’est pas automatiquement obligatoire. Elle dépend des besoins d’organisation des secours de l’entreprise.
Qui doit organiser la formation SST de l’intérimaire ?
L’agence d’intérim et l’entreprise utilisatrice coordonnent l’organisation selon le besoin de la mission et leurs accords. L’entreprise utilisatrice transmet les consignes propres au site ; l’agence reste l’employeur du salarié.
Qui finance la session SST ?
Le salarié ne doit pas financer une formation organisée pour les besoins de sa mission. L’agence et l’entreprise utilisatrice déterminent la prise en charge, et l’OPCO compétent peut éventuellement contribuer selon ses critères et après vérification des conditions.
La formation renforcée à la sécurité remplace-t-elle la formation SST ?
Non. La formation renforcée vise les risques particuliers de certains postes temporaires. La formation SST prépare spécifiquement aux premiers secours et à la prévention ; ce sont deux démarches distinctes.









